Art
 
Elément primordial du "style soudanais" qui s'étend également à la Haute Volta et à toutes les régions des savanes, l'art sculptural du Mali s'exprime avec plus d'éclat chez les Dogon et les Bambara, tandis que l'architecture constitue une admirable version africaine des apports culturels venus du Magreb à travers le Sahara.

Alors qu'en d'autres pays d'Afrique la sculpture s'est exprimée avec le bonheur dans le travail du fer, de l'ivoire et du bois, qui est au Mali le matériau d'élection de l'art "Négro-Soudanais".

Image mentale de la force tranquille que confrère le lignage, la "figure de l'ancêtre" est l'un des grands thèmes fondamentaux du groupe soudanais.

L'artiste, mais il serait plus exact de dire "l'initié", néglige la notion de ressemblance, inventant de fausses proportions qui servent mieux l'idée de solidité qui se dégage de la représentation de l'ancêtre.

Car on sait que l'art "Négro-Africain" fait partie intégrante du rituel qui a fait jaillir du bois, l'abstraction, "l 'idée" de la parenté ancestrale réservant la diversité infinie des formes à la représentation d'animaux emblématiques.

Ceux-ci se rattachent en effet, à la cosmologie qui préside à la fondation du clan ou à l'introduction de nouveaux moyens de subsistance, être fabuleux à mi-chemin de la matière et de l'esprit; ils ont donné naissance à des "Masques Funéraires" dont les Dogon sont les plus fascinants créateurs.
   
  Les sculptures Dogon
Danseurs Dogon
Au terme d'une longue migration partie du territoire des Manding, au Nord de la Guinée actuelle, les Dogon se sont fixés du XIIIe au XIVe siècle dans la zone des plateaux rocheux qui s'étend sous la boucle du Niger, entre Bandiagara et Hombori.

La région était habité par les "Tellem" qui ont laissé des tombes, des habitations troglodytes et surtout une forme de sculpture sur bois très particulière qui servit de modèles aux Dogon, les "Nommo" (génies qui jouent un rôle essentiel dans la cosmologie Dogon), aux bras levés vers le ciel en un geste d'imploration pour appeler la pluie, dont le caractère fortement abstrait, la vigueur du modèle, la force expressive préludent à toute la statuaire rituelle.
  Les oeuvres contemporaines ont conservé ce souci d'une ordonnance géométrique précise qui donne aux représentations anthropomorphes une élégance austère et dépouillée que l'on retouve ailleurs dans le costume Dogon.

L'ancêtre mythique, homme ou femme, est parfois hermaphrodite, car on entend ainsi symboliser l'union du double principe vital.

La tête, siège des forces spirituelles, est travaillée dans le détail et selon des canons d'une intense précision, alors que le corps reste rigoureusement intégré dans la masse du tronc d'arbre dont selon la croyance Dogon, le genre humain est issu.

Dans les oeuvres les plus récentes, les membres sont décollés du corps, ce qui signifie que le "Nommo", en tant que forgeron primordial, a quitté le Ciel pour la Terre, où son arrivée brutale a nécessité l'articulation de ses membres, alors qu'à l'origine les jambes étaient jointes et les bras détachaient du tronc.



Masque Dogon
Il importe d'insiter ici sur la complexité des sculptures "Négro-Africaines" que l'Occident, lorsqu'il les découvrit au début du siècle, qualifia un peu vite d'art " primitif ", parce qu'il échappait à ses canons spirituels.

Encore que les masques des sociétés d'initiation cadrent mal avec notre notion d'art , on jette ceux qui ont " fait leur temps", c'est à dire qu'on estime privé à la longue de leur vertu, ils présentent souvent une telle élégance dans la proportion, une connaissance si accomplie du travail des fibres végétales et du bois peint, de la distribution des couleurs, qu'on serait tenté d'oublier leur fonction sacrée pour ne considérer que leur valeur esthétique.

Et pourtant, que de richesses spirituelles dans la croyance qui ont présidé à leur élaboration!

Que de sens différents suivant l'importance du regard!

C'est ainsi que le masque "
Kanaga", au cimier en croix de Lorraine, recouvre plusieurs significations suivant qu'il est présenté à un futur initié, il figure alors un oiseau aux ailes déployées ou à un dignitaire de rang élevé, il symbolise alors les différentes phases de la Génèse.
Les deux branches du mât peuvent représenter les deux couples de jumeaux mythiques; le mât est l'axe du monde, la face du masque étant à l'image du double placenta originel; il est de la même pour les " 
maison à étages", à tête sommée d'une longue planche ajourée sur laquelle l'initié  lit  les différentes phases de la Génèse.
Porte Dogon
Le génie inventif des Dogon subit moins de contraintes dans la fabrication des objets semi-profanes (bâtons de commandement, sièges de chefs) et domestiques. On citera en particulier les portes de greniers ou celles des habitations de "Hogon" (grand prêtre), qui s'ornent souvent de reliefs rappelant par le froisonnement des personnages et leur puissance expressive, certaines scènes décorant les tympans de nos églises romanes...

La structure des villages Dogon est étroitement soumise à leur emplacement. Ils se dressent tant au pied qu'au sommet des falaises qui hérissent le pays ou bien, épousent le relief d'un terrain accidenté en s'adaptant de façon quasi mimétique à la physionomie du paysage.

A l'extrémité Nord s'étend la grand place sur laquelle se dresse la "Toguna" ou "case à palabres", recouvert d'un épais toit en branchages.
Cet édifice est généralement surélevé par des piliers de bois dont les sculptures peuvent justement prétendre au rang d'oeuvre d'art. Riches de leurs seuls symboles, elles sont d'une étrange beauté dans leur simplicité et, figurent parmi les éléments constitutifs du cadre de vie.
  L'antilope Bambara
  Groupe ethnique le plus important au Mali, les Bambara sont également les dépositaires d'un art sculptural très élaboré auquel s'ajoutent le moulage à la cire perdue de figures en métaux précieux et le travail du fer, exclusivement réservé aux objets rituels.

L'ancêtre dont l'ancêtre est presque toujours une figurine féminine personnifiant le" Grand Fleuve" aux flots fécondants est représenté debout ou assis, parfois portant un enfant. Lorsque la surface en est décorée, la statue porte des motifs pyrogravés de forme géométrique, des anneaux et des bossettes de métal, des fragments de verre et des coquillages (le plus souvent des cauris), à l'exclusion de tout autre élément polychrome.
Sculpture

A côté de ces figures anthropomorphes, la sculpture Bambara a acquis une notoriété particulière grâce à ses représentations stylisées de son antilope sacrée, dite "Tyi wara" (animal sauvage), porté lors des cérémonies des semailles et des récoltes, évoquant un être fabuleux mi-homme, mi-animal, qui aurait appris aux hommes à apprivoiser les plantes sauvages.

Ce savoir gaspillé dans l'insouciance de récoltes trop abondantes, les hommes perdirent "Tyi wara" ce fils de la Terre et du Serpent primordial et taillèrent un masque à sa mémoire.

On en distingue trois types principaux:

  • Le type "vertical", entre Sikasso et Ségou.

    Le corps et les pattes sont réduits tandis que le cou, museau, cornes et crinière s'élancent en hauteur par d'habiles et délicats ajours. C'est surtout dans la crinière que l'artiste donne libre cours et aboutit à la création d'une structure abstraite d'une grande finesse d'exécution. Les femelles traitées plus sobrement, portent sur le dos leur petit, comme toutes les mères africaines.


  • Le type "horizontal" est originaire de Bamako.
    Moins grandes que les précédentes, les antilopes sont d'un réalisme plus poussé, car les proportions des diverses parties du corps sont davantage respectées.

    La tête sculptée séparément est ensuite réunie au corps au moyen d'agrafes en fer. Elle est parfois surmontée de la tête d'un autre animal. La superposition de deux têtes d'espèces d'animales différentes se rencontre aussi dans

  • un troisième style, celui de la région de Bougouni.
    Ici l'abstraction triomphe. L'antilope de proportions plus réduites revêt alors d'un aspect irréel à cause du développement de la crinière, figurée par des lignes au tracé complexe, celle ci demeure le seul élément symbolisant l'animal et, est utilisée comme motif décoratif gravé sur le corps d'un lézard, d'une tortue ou de tout autre animal rampant. Sur la structure élaborée des cornes apparaît parfois la figure humaine, ce qui ne fait qu'accentuer la verticalité de la sculpture. Sculptés dans un bois plus tendre et plus léger que celui des statues, les masques sont protégés par une patine sombre obtenue par fumigation, teinture et immersion dans une solution grasse, ou par une légère couche de terre, comme c'est le cas pour les énormes masques d'éléphant des Kono.
  Parmi les masques anthropomorphes dits " à peigne " , parce qu'ils sont surmontés d'un peigne à quatre dents ou davantage, il en est qui sont ornés entièrement ou en partie de cauris blancs, parfois de baies rouges collées à la résine. Les masques de hyène, avec leurs oreilles et leur museau très allongés et les grandes ouvertures des yeux et de la bouche, se distinguent par leur puissance et leur conception hardie. Outre les grandes portes sculptées d'animaux totémiques (crocodile, serpent) et ornées de belles serrures aux figures humaines frappantes de réalisme, les Bambara ont fourni une contribution esthétique d'une rare qualité à la statuaire par les fers rituels, sceptres ornés de figurines (cavaliers, forgerons, démiurges) rappelant les grands mythes civilisateurs.

On retrouve aussi chez les Dogon les mêmes objets sacrés de fer battu, car une étroite fraternité culturelle lie ces deux peuples d'agriculteurs que leurs traditions font venir d'un pays commun, le Mandé.
  Les vestiges d'une grande architecture
  L'instabilité géographique des sociétés noires est responsable de l'absence de toute architecture monumentale, à l'exception de Zimbawe, en Rhodésie. C'est pourquoi les vestiges architecturaux que l'on trouve au Mali appartiennent au Moyen Age soudanais, époque de l'expansion de l'islam en Afrique subsaharienne. D'après des sources arabes, nombre de palais et de mosquées des XIIIe et XIVe siècles ont été édifiés sur les plans de l'architecte de Grenade Ibrahim Es-Sahéli (mort à Tombouctou en 1346).

Ce grand bâtisseur aurait rencontré, sur le chemin de La Mecque, la fabuleuse caravane chargée d'or de l'empereur du Mali,
Mansa Moussa, qui le persuada de visiter à son retour Gao et Tombouctou.

A Gao,
Es-Sahéli dessina les plans de l'ancienne mosquée, remplacée depuis par l'imposant mausolée de la dynastie Askia, tandis qu'à Tombouctou, il apporta quelques modifications à la mosquée
Djinguereber, et établit les plans de la mosquée Sankoré, du palais royal et des premières habitations soudanaises à toit en terrasse. L'instabilité géographique des sociétés noires est responsable de l'absence de toute architecture monumentale, à l'exception de Zimbawe, en Rhodésie. C'est pourquoi les vestiges architecturaux que l'on trouve au Mali appartiennent au Moyen Age soudanais, époque de l'expansion de l'islam en Afrique subsaharienne.
  A propos de cette architecture, on a parlé d'un " style soudanais ". Mais les mosquées et les habitations du Mali ont subi également l'influence des architectures marocaine et égyptienne, de la culture syrtique de l'Afrique du Nord et des constructions troglodytiques chamites.

A Tombouctou, et plus encore à Djenné, l'influence marocaine est perceptible dans le profil des créneaux, l'utilisation du bois (marqueterie des fenêtres), les décorations murales et certains portails des plus riches demeures. Il ne subsiste presque plus de constructions datant de cette époque, car la plupart ont été remaniées ou reconstruites au début du XXe siècle. Cependant, certaines mosquées récentes, comme celles de Djenné ou de Mopti, ont su garder les meilleurs traits des anciens canons islamiques.
  Les gigantesques masses murales offrent l'aspect de fortifications, de fantastiques châteaux médiévaux ou d'antiques monastères hérissés de pinacles phalliques et de hautes tours-minarets, les grandes surfaces d'argile lisse et compacte sont percées de fenêtres étroites comme des meurtrières et semblent presque écraser les portes d'entrée, basses et cintrées. A l'intérieur de la mosquée, les nefs réduites à une série d'étroits passages très bas de plafond entre d'immenses piliers, forment un obscur labyrinthe dans lequel résonne l'écho de la prière et lumière diffuse, particulièrement propice à la méditation.
  Continuïté ou Déchirure
 

Ainsi, dans les bâtiments les plus récents comme dans les édifices
" classiques " et dépouillés de Tombouctou (mosquées Djinguereber, Sankoré et Sidi Yahya) ou les constructions "  marocaines " de Djenné et de Mopti, monumentales et baroques, se retrouve la continuité du style soudanais, qui semble même avoir suggéré certains motifs à des architectes étrangers de l'époque moderne.

Sur le plan des arts graphiques, il est encore trop tôt pour juger des tendances picturales actuelles. Des artistes comme Salif Kanté, Bouba Keita ou Mahamadou Coulibaly Somé démontrent que, dans ce jeune Etat où l'art est encore presque partout rituel, des regards neufs se portent sur le monde extérieur. Puissent-ils en extraire une nouvelle écriture qui enrichisse et ne rompt pas avec une pensée qui, perpétuée par les arts traditionnels, est également la voie par laquelle passe le devenir?

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